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Pourquoi la livraison par drone n'a pas encore volé en Inde

Pourquoi la livraison par drone n a pas encore volé en Inde

En 2013, Jeff Bezos a annoncé l'ambition d'Amazon de livrer des colis en 30 minutes à l'aide de drones, suscitant ainsi une fascination mondiale.

L'annonce a enflammé l'imagination, dressant un tableau d'un ciel parsemé d'avions autonomes transportant tout, des livres aux gâteaux d'anniversaire.

L'Inde, un pays qui a toujours adopté les avancées technologiques, a vu une vague de startups de drones désireuses de transformer cette vision en réalité.

Avance rapide jusqu’en 2024 :Amazon et d’autres géants de la technologie testent encore des prototypes de drones aux États-Unis, mais l’Inde reste dépourvue de flottes dynamiques ou de drones livrant des samosas et des smartphones. Qu'est-ce qui a stoppé le rêve de livraison par drone dans les villes indiennes ?

Comprendre pourquoi cette technologie n'a pas décollé nécessite de lever un mélange d'obstacles économiques, réglementaires, infrastructurels et sociétaux qui sont typiquement indiens.

Cet article examine ces complexités et explique pourquoi la livraison par drone est restée ancrée dans le pays.

1. La promesse derrière la livraison par drone

Le discours initial était simple :les clients recherchent des livraisons plus rapides et moins chères, tandis que la logistique traditionnelle s'étouffe avec le trafic, les coûts d'entreposage et la hausse des frais d'expédition. Les drones promettaient une alternative élégante qui pourrait contourner ces goulots d'étranglement terrestres.

Aux États-Unis, où les délais de livraison moyens en 2013 variaient de 2 à 5 jours et les frais d'expédition oscillaient autour de 4 à 6 dollars par commande, les drones ont été considérés comme un facteur de changement. Remplacer les coûteux véhicules à conduite humaine par des drones autonomes pourrait réduire considérablement les dépenses et ravir les consommateurs avec des livraisons quasi instantanées.

Les embouteillages et les défis logistiques de l’Inde semblaient être le cadre idéal pour se lancer dans la logistique des drones. Les entrepreneurs ont imaginé une solution qui pourrait éviter les infrastructures en ruine et apporter une efficacité aérienne.

Mais plusieurs obstacles critiques sont apparus.

2. Économie :main d’œuvre à faible coût versus investissement dans les drones

L’obstacle le plus fondamental est financier. En Inde, les aspects économiques de la livraison par drone ne tiennent tout simplement pas la route.

Travail humain à faible coût

Contrairement aux États-Unis, où les emplois de livraison rapportent des salaires décents, le secteur logistique indien prospère grâce à une main-d’œuvre extrêmement peu coûteuse. Le coût moyen de livraison d'un colis aux États-Unis est d'environ 5 à 6 dollars ; en Inde, il s'élève à environ 40 à 50 ₹, soit 0,50 à 0,60 $.

Ce chiffre a encore baissé avec l’essor du commerce rapide. Des plates-formes telles que Zepto utilisent des dark stores (des mini-entrepôts situés à 1 à 3 km des zones résidentielles) qui permettent aux passagers de terminer les commandes en seulement 4 minutes et parfois pour seulement 20 ₹ par livraison.

Le changement rapide du commerce

Le commerce rapide renverse la situation :la vitesse de livraison et le coût deviennent des avantages concurrentiels plutôt que des problèmes. Ce modèle hyperlocal érode le besoin de technologie de drones à capitaux élevés. Pourquoi déployer des drones coûteux alors qu'une flotte humaine peut livrer plus rapidement et à moindre coût ?

Ainsi, même si les drones peuvent être économiquement viables dans les économies à salaires élevés, ils sont confrontés à une concurrence rude – et sans doute déloyale – en Inde, où le prix abordable l'emporte sur l'automatisation.

3. Le labyrinthe réglementaire :l’espace aérien indien n’est pas adapté aux drones

Si les considérations économiques ne suffisaient pas à immobiliser les drones, les contraintes réglementaires le suffisaient certainement.

Sûreté, sécurité et souveraineté

Les drones sont plus que des jouets; ils peuvent planter, être détournés ou violer la vie privée. Le gouvernement indien, soucieux à juste titre de la sécurité nationale et de la sécurité publique, a historiquement imposé des interdictions strictes sur l'utilisation des drones.

Ce n’est qu’en 2021 que la réglementation s’est légèrement assouplie. La Direction générale de l'aviation civile (DGCA) a présenté une carte de l'espace aérien qui divise l'Inde en zones vertes, jaunes et rouges :

  • Zones rouges  :zones d'exclusion aérienne, généralement autour de centres stratégiques ou densément peuplés.
  • Zones jaunes  : exige l'autorisation du gouvernement.
  • Zones vertes  :Gratuit pour l'exploitation des drones, mais ces zones sont rares dans les zones urbaines.

Prenez Bangalore, par exemple. La majeure partie de la ville tombe dans des zones rouges ou jaunes, ne laissant pratiquement aucune place aux opérations gratuites de drones dans les grandes villes indiennes.

Lente dynamique bureaucratique

Même là où des autorisations existent théoriquement, les formalités administratives, les politiques ambiguës et la lenteur de la bureaucratie font des opérations de drones un cauchemar logistique et juridique. Faire évoluer la livraison par drone nécessite de naviguer dans un champ de mines d'approbations et de protocoles de conformité.

4. Le facteur humain :emplois, politique et perception du public

La technologie n’existe pas en vase clos. Dans un pays riche en main-d'œuvre comme l'Inde, la livraison par drone est confrontée à un profond dilemme socio-économique.

Préoccupations en matière d'emploi

Le secteur indien de la logistique et du commerce électronique emploie entre 1,5 et 2 millions de livreurs, et devrait tripler d'ici 2030. Pour un gouvernement sous pression pour créer des emplois, l'automatisation de millions de postes avec des robots volants envoie un signal négatif.

Cette position n’est pas nouvelle. Le ministre de l’Union, NitinGadkari, a rejeté l’idée des voitures autonomes en Inde, invoquant de potentielles pertes d’emplois. Le message clair du gouvernement :la technologie ne doit pas se faire au détriment des moyens de subsistance.

5. La réalité urbaine :pourquoi les villes indiennes sont à la recherche de drones

Même si les drones étaient rentables, approuvés et politiquement acceptables, les infrastructures urbaines constituent un obstacle monumental.

Congestion et chaos

Contrairement à la disposition en grille de certaines villes occidentales, les métropoles indiennes sont denses, non structurées et chaotiques. Les toits sont encombrés, les lignes électriques emmêlent l’horizon et les zones d’atterrissage ouvertes sont rares. Les ruelles étroites, les gratte-ciel et les quartiers informels compliquent encore davantage la navigation des drones.

Piloter un drone à Phoenix ou à Berlin est une chose; le faire à Dharavi à Mumbai ou à Chandni Chowk à Delhi est une toute autre histoire.

Météo imprévisible et pollution

Le climat instable de l’Inde (moussons, tempêtes de poussière et chaleur extrême) rend le fonctionnement constant des drones peu fiable. Associé à des niveaux de pollution élevés qui peuvent interférer avec les capteurs et la navigation, l'environnement est loin d'être favorable aux drones.

6. Utilisation en entreprise versus battage publicitaire des consommateurs :les drones ont toujours un rôle

Les drones n’ont pas complètement échoué en Inde; ils n'ont tout simplement pas livré de nourriture ou de téléphones à domicile.

En fait, les drones sont de plus en plus déployés pour :

  • Agriculture :surveillance des cultures et pulvérisation de pesticides.
  • Secours en cas de catastrophe :fournir de l'aide aux zones isolées ou touchées par les inondations.
  • Logistique des soins de santé :transport de vaccins et de fournitures médicales dans les régions rurales.
  • Surveillance et sécurité :gestion des foules et patrouille aux frontières.

Ces cas d'utilisation soutenus par les entreprises et les gouvernements sont bien plus viables car ils :

  • Opérez en dehors des centres-villes encombrés.
  • Sont confinés aux zones vertes.
  • Bénéficiez d'un soutien réglementaire et financier.

En bref, les drones réussissent en Inde, mais pas de la manière dont Bezos l'imaginait.

Conclusion :Un rêve différé, pas mort

La livraison par drone en Inde n’est pas un échec total; c’est un inadapté compte tenu du contexte économique, réglementaire et sociétal actuel. La vision des coursiers volants n'est pas morte :elle a été reportée, réutilisée et recentrée.

Pour que la livraison par drone grand public devienne une réalité, plusieurs conditions doivent s'aligner :

  • La technologie doit devenir nettement moins chère.
  • Les réglementations doivent évoluer pour s'adapter aux complexités urbaines.
  • La planification urbaine doit intégrer la logistique aérienne.
  • La société doit concilier emploi peu qualifié et efficacité technologique.

D'ici là, vos courses continueront probablement à arriver sur des scooters plutôt que depuis le ciel.


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